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02/11/2009

Sátira/12


Depuis quelques mois, le très bon supplément satirique du quotidien argentin Página/12 est désormais en ligne. Il s'appelle Sátira/12, paraît tout les samedi, et il est consultable gratuitement en PDF. Parmi les derniers, numéros :

La dépénalisation de l'avortement

Le mondial de Tango

Les élections

28/09/2009

Des tours au milieu de la Pampa



C'est l'histoire d'un Italien, immigré comme des milliers d'autres dans l'Argentine des années 1900. Après des études d'ingénieur à Buenos Aires, Francisco Salamone construira près de 70 bâtiments publics de 1936 à 1940 dans les villages de la Pampa Humeda. Récemment (re)découverte, son oeuvre a été présentée à travers une série d'expositions et remise à l'honneur.

Dans son numéro de juin, l'excellente revue Gatopardo nous raconte l'histoire du personnage, et d'un style architectural, aux références fascisantes explicites, qui a façonné une région. Le reflet d'une époque en somme.

A lire : El loco de las torres

27/06/2009

Le clientélisme illustré, 2ème partie

Cette fois-ci, partons dans le Nord Argentin, dans la province de Formosa, à la frontière avec le Paraguay. A quelques jours des élections législatives, un groupe d'indiens wichis vient de dénoncer les pratiques du maire de la localité d'Ingeniero Suarez :

"Ils nous enferment, nous rendent nos cartes d'identité le jour de l'élection avec un bulletin de vote, et nous accompagnent jusqu'à l'urne". Puis, selon le même témoignage, les indiens se voient remettre quelques couvertures et de la nourriture à la sortie, après avoir voté.

Pour lire la suite : "Formosa: aborígenes wichí denuncian a un intendente por sustracción de DNI" (La Nacion)

Pour mémoire, le programme "Telenoche" (Canal 13) avait dénoncé les même pratiques à travers deux reportages filmés à Formosa lors des élections de 2003 et 2005 (ce qui avait valu aux journalistes d'être nominés aux prix Emmy).



Photo : Perfil.com

19/06/2009

Le clientélisme illustré

Nous sommes dans le district de La Matanza, banlieue Sud-Ouest de Buenos Aires. Le plus grand, le plus peuplé, mais aussi l'un des plus pauvres de la province de Buenos Aires (à ne pas confondre avec "Capital Federal" qui n'englobe que le centre de la ville de Buenos Aires.

En pleine campagne pour les élections législatives du 28 juin prochain, Clarin publie un reportage sur "l'autre campagne" qui se déroule à La Matanza. Loin des débats télévisés, des spots de campagnes, et des déclarations des candidats, on découvre le clientélisme dans toute sa "splendeur". Les voix pour les élections s'y achètent avec des faveurs diverses en variées : Une démarche administratives, des bons d'achats au supermarché, l'accès à des programmes sociaux, un emploi municipal, ou encore des donations d'appareils ménagers, etc...


Pour faire l'intermédiaire entre "l'offre" et la "demande", le puntero tient sa permanence au milieu du quartier. C'est le représentant d'un parti politique (parfois employé de la Mairie), et il est chargé de distribuer les subsides en échange de divers services (distribution de tracts, la participation aux meetings, etc...), et bien sûr du vote le jour de l'élection. En somme, l'art de perpétuer la pauvreté, et de maintenir une clientèle électorale assurée.

Photos : Couverture du livre "Clientelismo politico" de Javier Auyero, et Clarin

24/05/2009

Après Gran Hermano, Gran Cuñado

1 - Prenez un concept qui a fait recette, mais commence à s'essouffler : Big Brother, ou "Gran Hermano" pour la version latino ;

2 - Prenez une classe politique en manque de crédibilité, à quelques semaines des élections législatives argentines ;

3 - Mélangez les deux, vous obtiendrez "Gran Cuñado", le "reality show" de la télévision argentine qui est revenu à l'antenne la semaine dernière après plusieurs années d'absence. Morceau choisi :


28/09/2008

Les Argentins débarquent à Lima

Cela s'appelle un tir groupé. De septembre à novembre, la fine fleur de la scène musicale argentine est de passage à Lima. Après Mercedes Sosa la semaine dernière, ce sera au tour de Fito Paez (le 10 octobre), puis d'Andrés Calamaro (le 26 octobre), et enfin des Fabulosos Cadillacs (le 29 novembre). Extrait.
















Photo : www.calamaro.com

11/07/2008

Menem par lui-même

Carlos Menem a été le pire président qu'ait connu l'Argentine depuis 1983. Après avoir mené son pays à la faillite, et avoir fait de l'impunité une politique d'Etat, il a longtemps rêvé d'un retour par la grande porte à la Casa Rosada. A 78 ans, et dans l'attente de son procès pour trafic d'armes vers l'Equateur et la Croatie au début des années 90, il s'accroche toujours à son poste de sénateur. Cependant un énième retour au premier plan apparaît (heureusement) plus qu'improbable. Voici quelques images qui parlent d'elles-même.


Le fameux Spot "Menem lo hizo" (1999), et ses multiples parodies



Extrait d'un discours à Tartagal (Salta) en 1996

07/11/2007

Argentine, les leçons d’une élection (2/2)

Suite et fin de ce retour sur la présidentielle argentine, en essayant cette fois-ci de resituer la nouvelle présidente dans le panorama politique argentin.


Les Kirchner sont-ils de gauche ?


Question équivoque puisque « être de gauche » n’a pas a même signification en Argentine et en Europe. Si la plupart des analystes étrangers classent néanmoins l’Argentine sur la liste des gouvernements de gauche en Amérique latine, la réalité est plus complexe. D’un point de vue économique, l’Etat argentin a eu un rôle moteur depuis 2003 en réactivant l’industrie nationale, en maintenant un taux de change avec le dollar qui a largement favorisé les exportations (agricoles en particulier), tout en se montrant parfois hostile aux investisseurs étrangers.

Mais en dépit d’un discours virulent sur le néo-libéralisme, les privatisations ou le FMI, la gestion Kirchner n’a pas remis en cause les principales réformes de marché. La presque totalité des services publics demeurent dans le domaine privé (malgré certains changements de concessions), aucune réforme fiscale d’ampleur n’a été engagé et les quelques programmes sociaux sont très limités et souvent instrumentalisés politiquement.

De son côté, Cristina est restée très vague sur ses intentions. Ses nombreuses réunions avec les syndicats patronaux et avec des responsables politiques européens et Nord-Américains laissent néanmoins envisager une politique plus favorable aux secteur privé et aux investissements étrangers.

Quelle gouvernabilité ?

Le gouvernement formé par Cristina disposera probablement de la même liberté d’action que son prédécesseur. Il disposera d’une majorité propre au Sénat, et peut-être aussi à la chambre des députés. Quant aux élections des gouverneurs (qui se poursuivent jusqu’à la fin de l’année), les candidats sous l’étiquette du « Frente para la Victoria » devraient l’emporter dans une majorité de provinces. Avec deux exceptions notables cependant : la ville de Buenos Aires où Mauricio Macri jouera probablement la confrontation avec le gouvernement en vue des présidentielles de 2011 ; et à Santa Fé où Hernan Binner pourrait lui aussi prendre une envergure nationale.

Quelle opposition ?

Encore une fois l’opposition s’est présentée aux élections en ordre dispersé. On notera tout de même qu’Elisa Carrio et Roberto Lavagna ont rassemblé à eux deux près de 40% des voix avec un discours politique relativement proche (oscillant entre le centre-gauche et le centre-droit). Les trois candidats marqués à droite ont nettement déçu : Rodriguez Saa incapable d’incarner une alternative au sein du péronisme ; Lopez Murphy, économiste libéral désormais marginalisé politiquement ; et Sobisch qui n’a pas trouvé de relais au niveau national.

En dehors des candidats à la présidentielle, il faudra compter dans les années à venir avec deux hommes fraîchement élus. A Buenos Aires, le nouveau maire et président de Boca Juniors, Mauricio Macri, visera a incarner la droite, cette fois-ci au niveau national. Quant à Hermes Binner, désormais gouverneur de la puissante province de Santa Fé, il essaiera d’étendre l’influence du parti socialiste, grâce notamment à la réputation de bonne gestion de la ville de Rosario. Mais tous les scénarios politiques pour les prochaines années passent vraisemblablement par des alliances entre certaines de ces figures, puisque aucune ne dispose pour le moment d’un véritable ancrage national.


Sources :
Infographie des élections de gouverneurs : La Nacion
Photos : BBCMundo

30/10/2007

Argentine, les leçons d’une élection (1/2)

Une semaine après le premier tour de la présidentielle argentine qui a vu la victoire écrasante de Cristina Kirchner, il est temps de faire un bilan du processus électoral, et de tirer les enseignements des résultats. Si les principaux enjeux furent traités dans la presse francophone, j’essaierai ici de les replacer dans le contexte argentin.


Résultats des présidentielles du 28 octobre

Candidat Président / vice-Président

Nb Voix

Pourcentage

Cristina Fernandez de Kirchner - Julio Cobos

8.204.624

44,92%

Elisa Carrio - Ruben Hector Giustiniani

4.191.361

22,95%

Roberto Lavagna - Gerardo Morales

3.083.577

16,88%

Alberto Rodriguez Saa - Hector M. Maya

1.408.736

7,71%

Fernando 'Pino' Solanas - Angel Cadelli

292.933

1,60%

Jorge Omar Sobisch - Jorge Asis

284.161

1,56%

Ricardo Lopez Murphy - Esteban Bullrich

264.746

1,45%


La victoire de Cristina

Annoncée depuis des mois, ce n’est une surprise pour personne. Elle n’a pas eu besoin d’un second tour puisque le système électoral argentin se contente de 40% des voix et dix points d’avance sur le second candidat pour être élu au premier tour.

Cette victoire écrasante contraste d’abord avec celle de son mari quatre ans plus tôt. Celui-ci n’était arrivé que second à l’issu du premier tour (22,2%), et l’avait emporté grâce à l’abandon de Carlos Menem qui anticipait ainsi une lourde défaite au second tour. « Mal élu » Nestor Kirchner a pourtant caracolé dans les sondages a plus de 70% d’opinions favorables tout au long de son mandat. Alors que ces mêmes sondages lui prédisaient une réélection dans un fauteuil, il a préféré passer la main à sa femme qui jouissait presque des mêmes niveaux de popularité.

Pourquoi Nestor Kirchner a-t-il passé la main ?

Pourquoi se retirer lorsque l’on a le vent en poupe ? La première explication vient de Kirchner lui-même qui prétend « renouveler » le personnel politique… tout en restant en famille ! Cette règle s'applique aussi à d'autres personnalités politiques kirchneristes qui ont dû céder leur poste (comme Sola dans la province de Buenos Aires), même si dans les faits il s’agit surtout d’un jeu de chaises musicales. Deuxième raison invoquée, le Président, souhaite s'atteler à la reconstruction d’un parti. Le système de parti argentin ayant explosé au début des années 2000 (division du Parti Justicialiste, effondrement du parti radical), Kirchner pouvait compter depuis 2003 sur une alliance électorale constituée autour de lui-même, le Frente para la Victoria. Ce n’est pourtant pas un parti à proprement parler, et le désormais ex-président aspire à en faire une structure durable.

Les deux autres explications sont fondées sur des rumeurs. Certains affirment que Nestor Kirchner serait atteint d’une maladie compromettant sa permanence au pouvoir. Cette hypothèse n’a cependant jamais été confirmée jusqu’ici par des sources « officialistes ». D’autres, comme la revue Noticias, pensent que le couple Kirchner aurait prévu de se succéder au pouvoir pour mieux le conserver… jusqu’en 2019 ! La politique-fiction ayant ses limites, et les Argentins ayant toujours le droit de vote, cette hypothèse sera difficile à confirmer ou infirmer avant… 2019 !

Cristina s’est-elle appuyée sur le mouvement péroniste ?

En partie. Le péronisme vise depuis les années 1950 à réconcilier la droite et la gauche, travail et capital, pauvres et élites. La recette, teintée à l’origine de fascisme italien, a été appliquée différemment selon les époques et les gouvernements (plutôt à gauche par Perón de 1946 à 1955, franchement à droite par Menem de 1989 à 1999). Concernant la pratique du pouvoir, le péronisme a construit de fortes alliances avec les syndicats jusqu’en 1989 (avec la CGT au niveau interprofessionnel) pour relayer les consignes gouvernementales en échange de quelques prébendes.

Le mouvement péroniste s’est divisé dans les années 90 et ne dispose plus aujourd’hui de la même capacité de mobilisation. Mais il subsiste une mémoire partagée, stimulée par le recours permanent aux symboles fondateurs des années 1940, ce qui en fait une arme électorale encore puissante. Mais si Cristina se revendique elle aussi de Perón et d’Evita, elle n’en rajoute pas pour éviter de rebuter l’électorat non-péroniste.

Grâce notamment à des réseaux de type clientélistes, le péronisme parvient à toucher les plus pauvres et de dispose de relais dans tout le pays. Depuis les années 2004-2005, le président Kirchner s’est peu à peu imposé au sein du mouvement péroniste face aux Menem, Duhalde (président de 2002 à 2003) et Rodriguez Saa, et il a hérité de la majorité des réseaux existants grâce à des alliances locales. Cela a évidemment pesé sur les résultats électoraux, mais d’autres facteurs entrent en ligne de compte.

Qui a voté pour Cristina ?

Outre ce fameux vote péroniste venant en grande partie des couches populaires, le couple Kirchner a pu compter sur une large frange de la classe moyenne. Si celle-ci ne s’identifie pas forcément au péronisme, elle a cependant été la principale bénéficiaire de la reprise économique (avec les élites). Elle plébiscite donc la forte croissance économique qui lui a permis de se redresser après la crise.

Où l’élection s’est-elle faite ?

Encore une fois, c’est la province de Buenos Aires qui a pesé dans le résultat final. Elle représente à elle seule 10 millions d'électeurs (soit 37 % au niveau national), répartis sur la banlieue de Buenos Aires, et quelques villes moyennes comme La Plata, Mar del Plata et Bahia Blanca. Cristina s’y est nettement imposé, de même que dans 21 provinces sur 23 que comptent le pays, et avec des pics dans les régions pauvres du Nord-Ouest argentin (78% à Santiago del Estero). De l’autre côté, Carrio l’emporte à Buenos Aires (Capital Federal, qui comprend le centre-ville) où le péronisme est historiquement faible ; Lavagna gagne à Cordoba, et Rodriguez Saa dans son fief de San Luis.

L’abstention

Elle a été relativement forte. 28,2 %, c’est davantage que lors des dernières présidentielles (21,8%), même si l’on est loin du « vote bronca » des législatives d’octobre 2001 (25% d’abstention, 24% de votes nuls ou blancs). Parmi les causes, on pense d’abord au peu de suspense sur les résultats d’un scrutin « joué d’avance ». D’un autre côté, le syndrome « Que se vayan todos » (tous dehors) de 2001 n’a pas totalement disparu, mais ce n’est pas une explication suffisante. il faut tout de même noter que le vote est obligatoire en Argentine, mais qu’il existe tout un ensemble de dérogations pour passer entre les mailles du filet.

Sources :
Résultats des présidentielles : Ministère de l'intérieur
Photos : Clarin.com et archives